À Changping, l’avenir de la fabrication industrielle s’écrit déjà sans lumière ni humains. Xiaomi a dévoilé sa toute première « dark factory », une installation entièrement automatisée fonctionnant 24h/24 grâce à l’intelligence artificielle.
Une usine où les robots remplacent totalement les ouvriers
À Changping, en Chine, Xiaomi a mis en service une usine d’un nouveau genre, capable de produire un smartphone par seconde sans intervention humaine. Pas de lumière, pas d’employés sur le site, uniquement des robots et des systèmes d’IA orchestrant chaque étape de la chaîne de production, de la gestion des matières premières à l’assemblage final.
L’usine, qui s’étend sur 81 000 m², est conçue pour fonctionner en autonomie complète : elle fabrique chaque année jusqu’à 10 millions de smartphones, dont les prochains modèles phares de Xiaomi comme le MIX Fold 4 ou le MIX Flip.
Des machines pilotées par l’IA, sans pause ni erreurs humaines
Les robots travaillent sans relâche, sans pause déjeuner, sans horaires fixes, et surtout sans les erreurs potentielles liées à l’intervention humaine. Les systèmes d’IA surveillent la production en temps réel, ajustent automatiquement les paramètres pour garantir une qualité optimale et détectent les défauts avant qu’ils n’arrivent en bout de chaîne.
Même le nettoyage est pris en charge de façon automatisée : un système de dépoussiérage piloté par IA garantit que les composants restent exempts d’impuretés tout au long du processus.
Un symbole de la mutation globale de l’industrie
Avec un investissement de 2,4 milliards de yuans (environ 330 millions de dollars), Xiaomi fait de cette « usine sombre » un modèle de ce que pourrait devenir la fabrication industrielle dans les prochaines années. Si l’assemblage automatisé n’est pas nouveau, le fait de passer à une production totalement déshumanisée marque un tournant majeur.
La course mondiale à l’IA accélère cette transformation. Des entreprises du monde entier s’inspirent de ce type de site pour réduire leurs coûts et maximiser la cadence de production. Mais cette révolution technologique soulève aussi de nombreuses inquiétudes, notamment sur l’avenir de l’emploi.
L’ombre d’un bouleversement pour le marché du travail
Selon le World Economic Forum, 23 % des emplois actuels seront touchés par l’automatisation d’ici cinq ans, avec des millions de postes menacés par l’essor de l’IA et de la robotique industrielle.
Certaines tâches humaines seront certes toujours nécessaires, notamment pour optimiser ces systèmes, mais les analystes s’inquiètent d’une « disruption » majeure. Le rapport du Forum évoque la disparition de 83 millions d’emplois d’ici 2027, pour seulement 69 millions de créations.
Une gouvernance mondiale encore inexistante
Face à cette course effrénée, l’ONU a récemment appelé à un moratoire sur l’IA non régulée, dénonçant un vide de gouvernance à l’échelle internationale. Plusieurs experts comparent cette fuite en avant à la course à l’armement nucléaire des années 40.
Max Tegmark, chercheur en IA, a rappelé lors du dernier sommet IA de Séoul que le passage du « test de Turing » par certaines IA pourrait mener à un point de non-retour : « Nous pourrions perdre le contrôle. »
Si la dark factory de Xiaomi illustre l’efficacité brute que permet l’IA appliquée à l’industrie, elle cristallise aussi un débat mondial sur le prix social et humain de cette automatisation galopante.